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Quelles sont les perspectives sur les taux d’intérêt?

Quelles sont les perspectives sur les taux d’intérêt?

Les gouvernements et les banques centrales mondiales ont réagi à la pandémie de COVID-19 avec des mesures sans précédent afin d’atténuer les effets de la contraction économique. Les gouvernements ont déployé des mesures massives de relance budgétaire et les banques centrales ont abaissé les taux directeurs à des niveaux historiquement bas. En conséquence, le Fonds monétaire international (FMI) prévoit désormais que la dette publique mondiale à la fin de 2020 atteindra un niveau record de 101,5 % du PIB, en hausse de 19 points de pourcentage par rapport à 2019. Comme la majorité du financement des mesures de relance budgétaire provient d’une augmentation des emprunts gouvernementaux, cela a entraîné de nombreuses inquiétudes indiquant que cette hausse des emprunts résultera en une augmentation importante des taux d’intérêt et conséquemment, à un resserrement des conditions financières mondiales, menaçant ainsi la reprise économique. Comme les gouvernements ne peuvent pas se permettre un tel scénario, les banques centrales mondiales ont été plus agressives que jamais en achetant une grande variété d’actifs financiers, notamment des obligations fédérales, provinciales et corporatives au Canada, afin d’empêcher les taux d’augmenter. Les achats d’actifs financiers par les banques centrales, communément appelés assouplissement quantitatif, se sont historiquement révélés être un outil efficace pour financer l’augmentation des emprunts publics et maintenir le taux d’intérêt bas, car la capacité d’attirer suffisamment de capitaux pour financer des déficits importants lorsque les taux sont bas demeure limitée.

Nous sommes d’avis que la stratégie « quoi qu’il en coûte », adoptée jusqu’à présent par les gouvernements et les banques centrales, devrait entraîner une hausse des anticipations inflationnistes par les marchés financiers et, par conséquent, des taux d’intérêt plus élevés dans un avenir rapproché. Nous croyons qu’en raison de la baisse des coûts d’emprunt et de l’augmentation de la richesse des particuliers résultant de la détention d’actifs financiers dont les prix sont poussés à la hausse par les programmes d’assouplissement quantitatif, les consommateurs devraient augmenter leurs dépenses personnelles et les entreprises devraient se sentir plus à l’aise d’augmenter leurs dépenses en capital, améliorant ainsi l’emploi et stimulant la croissance économique. En raison de l’amélioration du contexte macroéconomique, les particuliers, entreprises et investisseurs devraient alors s’attendre à des prix plus élevés à l’avenir, poussant ainsi les anticipations d’inflation et les taux d’intérêt à la hausse. De plus, l’annonce de la Réserve fédérale américaine à la fin août, indiquant qu’elle compte modifier sa façon de fixer les taux d’intérêt à l’avenir, devrait aussi contribuer à augmenter les anticipations d’inflation sur les marchés financiers. En effet, la Réserve fédérale a annoncé qu’elle chercherait désormais à atteindre une inflation de 2 % en moyenne au fil du temps, ce qui implique qu’après des périodes où l’inflation serait inférieure à 2 %, la politique monétaire viserait une inflation modérément supérieure à 2 % pendant un certain temps. Attendez-vous à ce que la Banque du Canada adopte une position semblable au cours des prochains mois. Cette nouvelle stratégie de cibler une inflation moyenne de 2 % est particulièrement pertinente puisque l’inflation est demeurée constamment sous l’objectif de 2 % pendant la majeure partie des dix dernières années. En d’autres mots, cette nouvelle approche signifie que la Réserve fédérale sera plus tolérante envers des poussées inflationnistes à l’avenir avant d’augmenter les taux à court terme ou encore de mettre fin aux programmes d’assouplissement quantitatif, ce qui devrait pousser les anticipations d’inflation à la hausse.

D’un autre côté, nous sommes également d’avis que les augmentations possibles des taux d’intérêt dues à la hausse des anticipations d’inflation devraient demeurer très restreintes. En effet, la probabilité que les banques centrales continuent de s’engager dans des achats importants d’actifs financiers afin d’éviter que les taux d’intérêt n’augmentent trop est très élevée. L’augmentation croissante de la dette dans l’économie mondiale rend la croissance économique désormais de plus en plus vulnérable à un resserrement des conditions financières. Les quarante dernières années nous ont effectivement démontré que des hausses significatives des taux d’intérêt tendent à entraîner des chocs économiques ou financiers importants, puisque le resserrement des conditions d’emprunt étouffe alors la croissance économique. La récession de 1990-1991, la crise financière asiatique de 1997, l’éclatement de la bulle Internet de 2000 et la crise financière de 2007-2008 illustrent tous ce point. Alors que les perspectives économiques se sont alors détériorées suivant un resserrement des conditions d’emprunt, les taux d’intérêt ont finalement retrouvé leur tendance structurelle à la baisse amorcée au début des années 80. En d’autres termes, les taux d’intérêt mondiaux doivent rester bas afin que les coûts du service de la dette restent gérables pour les gouvernements, les entreprises et les particuliers, même avec des niveaux d’endettement très élevés et à la hausse. Cela devrait effectivement encourager les banques centrales à maintenir des conditions financières très accommodantes pendant une longue période, en limitant essentiellement les hausses futures des taux.

La grande question est maintenant de savoir si de telles politiques très accommodantes conduiront à terme à une poussée des pressions inflationnistes et pousseront par conséquent les banques centrales à changer de stratégie. L’or est largement considéré comme un instrument permettant aux investisseurs de se protéger contre l’inflation et sa récente poussée à la hausse pourrait indiquer que de plus en plus d’investisseurs sont inquiets d’un tel scénario. À notre avis, les progrès technologiques, l’économie du partage, l’adoption de chaînes d’approvisionnement mondiales et l’augmentation des flux de capitaux et d’investissements entre les pays devraient continuer de réduire les coûts de production et d’exercer une pression à la baisse sur les prix dans un avenir rapproché. On s’attend également de plus en plus à ce que la pandémie du COVID-19 stimule davantage le commerce électronique à long terme, ce qui implique une plus grande transparence des prix et une concurrence accrue entre les entreprises, limitant ainsi le potentiel d’une poussée importante des pressions inflationnistes. Enfin, l’adoption croissante du travail à distance à la suite de cette pandémie pourrait également freiner l’inflation, conduisant les entreprises à repenser la rémunération de leurs employés, ajoutant une pression à la baisse sur la structure de coûts des entreprises et créant une concurrence mondiale pour les talents. L’essentiel ici est que des facteurs structurels devraient continuer à empêcher une poussée importante des pressions inflationnistes dans un avenir rapproché, suggérant que l’environnement actuel de taux d’intérêt faibles est là pour durer encore longtemps.

 

Eric Corbeil, MSc, CFA, FRM
Directeur en gestion de patrimoine
Caisse Alliance
ecorbeil@acpol.ca

Josée Caron
Spécialiste en fonds communs de placements
Gestion d’actif Credential inc
Caisse Alliance – centre de services de Kapuskasing
josee.caron@acpol.com

 

Humains. Disponibles. Branchés.


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